COVID-19 et hémopathies malignes : premières données concernant les patients français

Dans notre précédente lettre mensuelle, nous rapportions les résultats d’une étude épidémiologique prospective britannique publiée dans ​The Lancet Oncology ​(DOI:https://doi.org/10.1016/S1470-2045(20)30442-3) montrant que les patients atteints d’hémopathie maligne étaient plus à risque d’infection et de décès par COVID-19 que ceux atteints de tumeur solide (voir HEMATO A LA UNE – Lettre n°27, Juillet/Août 2020).

Lors du congrès de la Société française d’hématologie (SFH), qui s’est tenu à Paris du 9 au 11 Septembre dernier, les premières données françaises concernant des patients atteints d’hémopathie malignes et ayant contracté le COVID-19 ont été présentées et vont dans le même sens.

Dans le myélome multiple (MM), selon le registre de l’IFM, parmi 185 patients hospitalisés en Ile-de-France et dans le Grand Est, la mortalité s’est élevée à 34%. Selon Hervé Avet-Loiseau, ce taux atteignait 84% chez les patients intubés !

Dans les lymphomes, Rémy Duléry a rapporté que parmi 89 patients hospitalisés pour une infection sévère, 25 ont été admis en soins intensifs et 30 sont décédés.

Luc-Mathieu Fornecker a indiqué lui que dans la leucémie lymphoïde chronique (LLC) et la maladie de Waldenström, parmi 73 patients, 33% sont décédés.

Enfin, chez les patients ayant reçu une transplantation allogénique de cellules souches hématopoïétiques, 13 patients sur 54 sont décédés selon Aliénor Xhaard.

Si parmi les facteurs de risque de décès, l’âge jouait un rôle significatif, comme chez tous les malades atteints de COVID-19, il faut noter que dans le MM, le fait d’avoir une maladie à haut risque, active ou en progression ainsi qu’une atteinte rénale doublait le risque de décès. Dans les lymphomes, une maladie en rechutes multiples ou réfractaire au traitement semblait aussi augmenter le risque.

L’influence possible des traitements a aussi été évaluée, ainsi, dans les lymphomes, un traitement récent par bendamustine était lié à une augmentation du risque.

Dans la LLC, le rôle protecteur de l’ibrutinib évoqué dans une publication récente (voir HEMATO A LA UNE – Lettre n°24, Avril 2020) n’a pas été confirmé puisque sur 19 patients sous ibrutinib, la proportion de décès était moindre chez ceux ayant arrêté (10%) que chez ceux ayant continué (44%).

Dans le MM, l’effet possible de la dexaméthasone a été évoqué. Car si des études ont montré un bénéfice des corticoïdes dans les formes d’infections sévères, dans les formes plus précoces le bénéfice reste incertain et il pourrait même y avoir un risque lié à l’effet immunosuppresseur de la dexaméthasone.

Enfin, chez les patients ayant eu une transplantation allogénique, le traitement immunosuppresseur semblait augmenter le risque de formes sévères : 81% des formes sévères étaient sous immunosuppresseur versus 51,5% des formes non sévères.